Les Femmes dans la Construction en Belgique : notre vision pour demain.

État des lieux : l’emploi des femmes dans la construction en Belgique

Employant environ 150 000 ouvriers et ouvrières, le secteur de la construction en Belgique reste l’un de ceux qui a le taux de vacance le plus élevé. En effet, 15 000 emplois seraient à pourvoir alors qu’on assiste en parallèle à une pénurie de travailleurs qualifiés.
En 2017, 17 000 femmes travaillaient dans le secteur de la construction et presque 5 000 travaillaient en tant qu’indépendantes, soit plus de 20 000 emplois pourvus par la gente féminine dans un secteur encore perçu comme « masculin ».


1) Quelles sont les barrières qui empêchent le nombre de femmes d’augmenter dans ce secteur ?

L’idée que les hommes sont davantage destinés à travailler dans le secteur de la construction que les femmes tient son origine dans des normes sociétales profondément ancrées laissant croire que les hommes sont « faits » pour des activités d’extérieur, salissantes, pénibles et physiquement fatigantes lorsque les femmes sont traditionnellement destinées à des activités en intérieur, moins éprouvantes, qui les « préservent » de tous dangers physiques.

De ce paradigme découlent plusieurs conséquences : les femmes, bien qu’à formation égale avec leurs équivalents masculins, ne se sentiraient « pas assez qualifiées » pour un travail en tant qu’ouvrière en construction. Il y a une vision réductrice persistante de ce que les femmes sont capables de faire quand elles ont peu de qualifications, écartant des métiers salissants et/ou physiquement fatigants. Il existe également certaines réticences à intégrer une équipe en majorité masculine pour diverses raisons, comme les remarques sexistes et/ou rapports misogynes qui opèrent encore comme un fait « normal » dans certaines entreprises.
Autre croyance freinant les employeurs à embaucher une femme plutôt qu’un homme : la période d’absence sur le terrain pendant une partie de la grossesse.
Idée erronée car le taux de présence (présentéisme, par opposition à l’absentéisme) est plus élevé de 3 points chez les femmes (70,72% contre 67,42%), et seulement 1% des absences des femmes dans la construction sont liées à la grossesse (Service d’étude Constructiv – FFC – 2010). Par ailleurs, les femmes enceintes qui travaillent habituellement sur le terrain continuent sur un poste administratif durant leur grossesse, afin de minimiser leurs efforts, ménager leur santé et celle de leur enfant.


2) Quels sont les acteurs pour l’insertion des femmes dans la construction et quels sont leurs apports ?

Afin d’engager la gente féminine dans le bâtiment, plusieurs associations et acteurs ont fait la démarche de proposer des formations ou de créer des groupes d’échange.

PERLE est un premier acteur, regroupant des « Professionnelles Et Responsables dans Leurs Entreprises » actives dans la construction en Wallonie crée en 1996.
Composé d’épouses, compagnes, mères, filles, ou ayant un poste rattaché à la gestion d’une entreprise active dans la construction, leur mission est de former et informer sur les sujets liés au secteur ou à la gestion d’entreprise, de mener des réflexions et d’améliorer l’image du secteur via un discours positif sur les entreprises. Elles agissent aussi en tant que médiateurs lorsqu’il y a des messages importants à faire passer.
Le deuxième acteur, Construtec Wallonie, soutient l’association Femmes de métiers, proposant des formations en : maçonnerie, carrelage, menuiserie-charpenterie, parachèvement (couverture), gros-œuvre (taillage de pierre), plafonnage, menuiserie d’intérieur, chauffage/sanitaire/systèmes de ventilation,  peinture/décoration ou chauffage afin de « (se) construire un avenir durable ». Que les formées soient adolescentes, tout juste majeures ou alors adultes en reconversion professionnelle, Femmes de métiers propose des formations destinées aux femmes de tous âge et de tous niveaux en partenariat avec le réseaux d’écoles Fédération Wallonie Bruxelles, l’IFAPME, le FOREM ou les centres de formations (EFT) en Belgique.

L’augmentation progressive de la proportion de femmes en construction est une source de nombreux apports positifs, tant individuels que sociétaux.

Dans une vidéo de présentation du projet Femmes de métier, Nathalie Bergeret, Directrice Emploi/Formation/Communication à la Confédération Construction Wallonie, explique en parlant des femmes « [qu’] on les voit bien comme Aides Ménagères quand elles ont peu de qualifications, ou bien dans l’HORECA (Hotel, Restaurants, Catering) par exemple. Mais on imagine assez peu qu’elles puissent venir dans nos entreprises. » En effet, les secteurs précédemment cités laissent peu de place à un équilibre de vie personnel et professionnel (travail tôt le matin ou tard le soir, peu valorisé, sujet au stress et/ou à la pression). Des témoignages font ressortir une forme d’indépendance, de facilité, d’agréabilité, ainsi qu’une certaine sérénité ressenties après l’intégration d’un poste en construction. « Il y a des femmes qui s’y trouvent dans nos entreprises, et qui s’y trouvent bien », conclut Nathalie Bergeret.

Bien que cela prenne du temps, les prises de poste à responsabilité par des figures féminines appuient leur crédibilité dans ce secteur. S’imposant à la fois par la force de caractère et se démarquant par l’apport d’une plus importante subtilité, point d’attention parfois négligé par la gente masculine, elles encouragent une façon de travailler alternative. Le témoignage de Hilde Decuyer dans l’Écho, directrice du bureau d’études géotechniques A+E Consult, ajoute que les femmes « sont plus précises et communiquent de manière plus nuancée que leurs collègues masculins ».

Les préjugés sur les compétences tombent peu à peu, comme la capacité à produire un travail qualitatif, à porter des charges lourdes ; tout en s’assurant une reconnaissance de la hiérarchie et une rémunération intéressante avec des possibilités d’évolution. L’accent est mis sur les connaissances et leur mise en pratique, davantage que sur le genre de la personne en poste.
Par ailleurs, si elles montent en compétences au sein de leur entreprise, elles sont de plus en plus à s’engager dans l’entreprenariat et à travailler en tant qu’indépendante : «Entre 2012 et 2017, le nombre d’entrepreneuses a augmenté de 8,6% » cite le rapport de Confédération Construction paru en avril 2019.


3) Les évolutions technologiques transforment petit à petit les process du secteur

Comme la majorité des secteurs, la construction des décennies précédentes n’a rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Les conséquences sur l’emploi sont diverses, mais vont toutes dans un sens : l’accélération des processus de numérisation nécessitera l’embauche de profils de plus en plus techniques et le facteur pénibilité s’en trouvera diminué.

Seulement, les profils techniques demandés sont souvent issus d’études en Ingénierie, et le nombre de femmes dans ces filières techniques est encore faible : selon le dernier baromètre FABI, seuls 20% des postes d’Ingénieurs étaient couverts par des femmes en 2013, et moins de 50% d’entre eux se trouvent dans l’industrie.
Les chiffres augmentent avec les années, et les appellations ont leur rôle à jouer.
Par exemple, « Ingénieur Agronome » a été changé en « Bioingénieur » et le nombre de candidates a augmenté. Le mot « Agronome », faisant peut-être davantage référence au gros-œuvre, au secteur agricole, quand Bioingénieur est plutôt synonyme de dynamique environnementale et sociétale. Il y a là aussi un travail d’éducation à réaliser afin de faire évoluer les mentalités. L’augmentation de la proportion de femmes dans les profils techniques de la construction passe donc par un retravail de fond des codes sociaux pour espérer pouvoir équilibrer la balance et relever les défis sociétaux dans les années à venir.

 

Sources:

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